Vice-président de la section Science de l’art et du langage à l’Académie, président d’honneur d’Havatsa Upem, Henri Rahaingoson raconte, durant ses rencontres avec Michèle Rakotoson dans l’émission « Literanay », sa passion pour la littérature française.

 

Michèle Rakotoson : Vous avez en mémoire toute la littérature. Vous êtes le fils du poète Belahy, quels souvenirs de votre père avez-vous


Henri Rahaingoson : Mon père était amateur de poésie. Comme moi. Nous ne sommes pas de grands poètes, mais amis de la poésie et amis des poètes.


M. R. : A vos heures perdues, vous avez aussi poétisé votre vie. Jonglant entre la langue française et la langue malgache, comment avez-vous vécu cela


Henri Rahaingoson : J’ai hérité cette histoire de langue de trois sources. La première, , ma mère et mon père eux-mêmes. La deuxième est ma découverte, lorsque j’étais en classe de 5e, d’un Malgache qui écrivait en français, Jean Joseph Rabearivelo. Un poète, un érudit de la littérature malgache que j’admirais et que j’admire toujours autant. La troisième source, c’est Régis Rajemisa Raolison qui, pour moi, est l’une des rares personnes qu’il faut saluer comme étant un grand génie, mais dont on n’a pas idée de l’immensité de l’œuvre (…) Il a laissé beaucoup d’écrits sous forme de manuels scolaires de littérature, de grammaire, d’écrits retranscrivant les « Fomba amam-panao », ces us et coutumes des ancêtres. Il a aussi laissé des œuvres littéraires dans l’histoire du théâtre radiophonique ou  joué sur scène. Également auteur de romans et journaliste, à ses heures perdues.


M. R. : Dites-moi, pourquoi y a-t-il un tel oubli des grands hommes dans notre culture malgache   .


Henri Rahaingoson : Je crois qu’on n’a pas cultivé cet art ou ce devoir de mémoire. On n’apprend pas à nos jeunes à cultiver le sens de l’histoire. Alors que c’est capital. J’ai essayé depuis la mort de Rajemisa Raolison en 1975, je crois, de parler de lui à tout moment. Et récemment en 2013, nous avons célébré le 100e anniversaire de sa naissance avec celui de Dox,celui de Prosper Rajaobelina. Des grands noms qui sont ignorés. Comme Ravelomanana, ou Rabemananjara, lui aussi centenaire. Mais on n’a pas suffisamment insisté sur la nécessité de leur donner vie, de vivre leurs œuvres ou de les faire connaître.


M. R. : Il y a peut-être une certaine acculturation, une certaine vision négative de nous-mêmes qui veulent que nous soyons toujours tournés vers l’extérieur et qu’on oublie les grandes valeurs que nous avons.


Henri Rahaingoson : Si au moins nous connaissions la littérature extérieure, les grands hommes extérieurs ! Mais j’ai l’impression que nous ne connaissons ni les Malgaches, ni les étrangers.


M. R. : Vous avez grandi en plein centre de la ville des Mille, près de la Pergola d’Antaninarenina, qui était la rue de la plus grande élégance et de la culture à cette époque.


Henri Rahaingoson : Antaninarenina n’avait pas cette pergola avant 1930. Mais les gens passaient par cette rue, la rue Amiral Pierre. À une époque, l’administration était juchée sur les hauteurs à Andohalo, Imarivolanitra, etc., alors que les grands magasins se trouvaient sur la pente d’Ambatovinaky vers la rueAmiral Pierre et Antaninarenina. Là aussi se trouvait la librairie Paoli Facra dans les années 30, avec l’apparition et la naissance de la Pergola. Cette place qui est devenue une place privilégiée, attirait les jeunes intellectuels de l’époque. Les journalistes, les écrivains, les enseignants et surtout les étudiants en médecine qui se piquaient alors de sauvegarder l’identité malgache. Car la VVS est née à partir de l’école de médecine d’Ankadinandriana.


M. R. : Dans « Mitady ny very » vous évoquez aussi cette nostalgie. Mais vous affectionnez aussi les hauteurs de la ville et ses patrimoines architecturaux.


Henri Rahaingoson : Il n’y avait pas seulement les temples. Il y avait la place d’Andohalo, la cathédrale catholique, la cathédrale anglicane, le temple français. Vous avez Ambodin’Andohalo et Avaratr’Andohalo. L’école des filles. Ambatobevanja. C’était toute une atmosphère à la fois intellectuelle et religieuse, si l’on ne parle que de cette place d’Andohalo.


M. R. : Dans les années 20, il y a eu une reprise en main de la littérature et de la linguistique malgache.


Henri Rahaingoson : En fait, en tout, il y avait aussi Ny Havana Ramanantoanina et Charles Rajoelisolo, spécialistes de la littérature traditionnelle, et Jean Joseph Rabearivelo, l’homme du renouveau et de l’ouverture, tout en étant ancré dans ses racines malgaches. C’est d’ailleurs ce qui forgeait cette admiration que j’avais pour Rabearivelo, cette promotion de l’ouverture au monde. Il a promu exactement ce leitmotiv qui m’est cher et que j’idolâtre, cet attachement à nos valeurs culturelles malgaches, tout en valorisant celles d’autrui. « Ma langue je la fais souveraine, quant à celle d’autrui je la maîtrise en la faisant mienne aussi. »

Extraits de l’émission « Literanay » sur RFM de Michèle Rakotoson avec Henri Rahaingoson

 

* L' érudit malgaghe Henri Rahaingoson n' est plus

                                                     Par Thierry Sinda

 

Henri Rahaingoson fut un solide intellectuel amoureux des lettres françaises et malgaches. On peut dire de lui, qu' il fut un érudit des hauts plateaux, profondément malgache, c' est à dire autant discret que possible, et se tenant à bonne distance du tintamarre des hommes de culture à bon marché qui exhibe sur la place publique un prêt-à-penser mal réchauffé et des plus insipide et superficiel. Il est le parfait reflet du précieux Madagascar d' hier. Et comme je le disais de manière prémonitoire, il y a si peu de jours à Paris en sa présence - où il nous avait fait, comme à son habitude, un brillant exposé, sans notes, portant sur les 150 ans de la presse malgache à la demande de l' AIFM de Francine Ranaivo - un vieillard qui meurt c' est une bibliothèque qui brûle(Amadou Hampate Ba) .Les jeunes pousses, ce jour ,buvaient son savoir sans limite: Hanitra Salomon (la petite fille de Dox et présidente de l' UPEM France) Rainibemirindra Andramanalinarivo (le plus jeune honoré de l' Ordre des arts et Lettres et culture malgasy) et quelques autres. Mon ami Henri a rejoint la terre des ancêtres, que celle-ci lui soit légère en cette année de Francophonie mondiale où lui et moi caressions le projet d’y inclure un récital de poésie. Je suis heureux qu’il soit inscrit à tout jamais en lettres d’or dans mon ouvrage "Anthologie des poèmes d’amour des Afriques et d' Ailleurs" disponible au CCF de Tana. Bonne route et envoie-nous des messages de paix, de poésie et d’amour pour notre Afrique dite aujourd’hui globale...