Le film Sur les traces de nos pères,  premier outil pédagogique de l’Institut Culturel Panafricain de Yene d’Amadou Elimane Kane (Sénégal)

 

Sur les traces de nos pères

Amadou Elimane kane et l' équipe du film à l' Institut Culturel Panafricain de Yene

Je fus extrêmement heureux de revoir Elimane Kane sur le sol de la région parisienne avec une forme pleine du soleil d’ Afrique, et surtout, avec déjà, une première grande réalisation très appréciable relevant du pédagogique, du culturel, et du psychologique initié par l' Institut Culturel Panafricain de Yene, et émanant de nos enfants africains nés et vivants sur les bords de la Seine, de la Marne voire de l' Eure et du Loir, car cette diaspora, comme le clame à sa manière, de façon infatigable et depuis longtemps mon ami Djibril Gningue – du bulletin parisien Diaspora africaine - est sans nul doute l' avenir du développement économique, culturel et social de l' Afrique du XXIe siècle, lequel n’ est forcément pas sans incidence sur l’évolution fraternelle en France et de la France.


L’adaptation cinématographique, par des enfants africains de France du récit l’ami dont l’aventure n’est pas ambigüe d’ Amadou Elimane Kane (Lettres de Renaissances, Paris-Dakar, 2013) sous le titre Sur les traces de nos pères, ouvre, en effet, plusieurs tiroirs : tout d’ abord celui de la littérature africaine francophone puisque le texte renvoie lui-même à d’autres textes dont L’aventure ambigüe de Cheikh Hamidou Kane ; ensuite le tiroir psycho-sociétal du lien entre les français d’ origine africaine et la culture de leur(s) parent(s) le plus souvent vécue comme négative du fait d’ une représentation misérabiliste de l’ Afrique à travers les médias de leur pays de naissance ; enfin l’ excellence technique au plan du scénario, de la mise en image, du son  et du jeu des acteurs confère à ce film un cachet pédagogique certain, et sème chez nos écoliers la graine  des vocations cinématographiques – Il faut dire qu’ ils étaient encadrés pour la circonstance par le professeur documentaliste Madame Myriam Fraine, laquelle est passée par la section cinématographique de l’ université de Saint-Denis –

 

l' ami

 

La projection-débat en première exclusivité du samedi 22 juin matin, – en présence des jeunes et de leurs parents, – au cinéma le Trianon de Romainville du film Sur les traces de nos pères réalisé par l’atelier vidéo du collège Pablo Neruda d’ Aulnay-Sous-Bois, a visiblement créé un rapport nouveau entre les jeunes et leurs parents et entre les jeunes noirs de France et l’Afrique. Les  parents ont compris que leurs enfants grâce à l’atelier vidéo, qu’ils regardaient parfois avec méfiance, ont produit quelque chose de majeur qui est projeté dans un grand cinéma de Romainville ; les enfants, surtout ceux dont les parents sont de  l’Afrique subsaharienne, et de surcroît ceux qui ont eu le privilège de  tourner à Yene (au Sénégal)  sont désormais dans une meilleure compréhension de l’Afrique voire dans un désir d’Afrique germant bellement. « Aller au Bled » pour les jeunes enfants français d’origine subsaharienne ne sera plus honte (voire une punition) mais un vif plaisir comme ce l’est déjà chez les jeunes français d’origine maghrébine. Sur le plan psycho-sociétal il en découlera un plus grand équilibre chez ces jeunes français noirs et par conséquent dans les banlieues françaises, car tout en étant pleinement français, ces derniers n’auront plus honte de la culture de leur(s) parent(s) qu’ils appréhendaient presqu’exclusivement par le prisme hyper-déformant des tragédies africaines assénées à longueurs de journées par les médias français.

Nous voyons ainsi tout le grand intérêt de ces grands-messes culturelles du monde noir imaginée et mises en place par les Alioune Diop, les Senghor, les Olesegum Obasandjo  les Abdoulaye Wade pour mettre en exergue le génie culturel du monde noir, lequel, ne l’oublions jamais, représente une immense force pour le développement culturel, économique et politique de l’Afrique du nord au sud de l’est à l’ouest. Après pratiquement un an d’existence, l’Institut Culturel Panafricain de Yene et son dynamique initiateur-directeur Amadou Elimane Kane s’inscrivent, habilement, avec leur première œuvre palpable dans le jardin de la dignité et de la Renaissance africaine pour la construction d’un monde pluriel et humaniste. Dans l’optique d’un dialogue des cultures fructueux, ce film devrait d’ une part donner lieu à des projections-débats dans toutes les écoles de France et d’Afrique, et d’ autre part être projeté dans des festivals de cinéma de par le monde.

www.institutculturelpanafricain.org/

 

                                                                                                                  Thierry Sinda