Poème hommage au centenaire  d’Aimé Césaire par Nathalie Marchay

Nathalie Marchay est française d’origines  roumaine et mexicaine. Elle se définit comme cosmopolitaine.  Elle est médecin de profession.

 Après avoir assistée le 4 mai à la mairie de Choisy-le-Roi à la triple commémoration des centenaires : Jacques Rabémananjara, Aimé Césaire et Dox, elle a pris langue avec nous puis nous a fait parvenir le poème Place de l’ Estrapade. Ce poème est à la fois biographique et événementiel pour reprendre les termes de la Princesse-poétesse Houria, et je rajouterai hautement  existentiel.

Dans celui-ci,  en effet, à partir d’un lieu du Quartier-Latin, à savoir la place de l’Estrapade,  la poétesse Marchay évoque l’itinéraire  du jeune élève Aimé Césaire qui  quitta en 1932  sa Martinique natale pour venir étudier au Lycée Louis-le-Grand sis à Paris Ve en plein cœur du Quartier-Latin. C’est dans ce légendaire quartier où Aimé Césaire et ses compagnons Senghor, Damas, Alioune Diop(…) forgent le concept de la négritude poétique et littéraire des Années 40 à la suite de la fierté nègre de l’Entre-deux-guerres inaugurée en littérature par René Maran  (Prix Goncourt 1921 pour son ouvrage Batouala, véritable roman nègre publié chez Albin Michel).

Dans Place de l’Estrapade Nathalie Marchay fait d’Aimé Césaire un ami, un complice voire un amant, lequel  - à travers sa stature et  le message universel et personnel de la négritude qu’ il lui enseigne - nourri intimement la réflexion existentielle de la femme et de la poétesse, permettant ainsi  à celle-ci de se découvrir et d’Être : «  Tu es, place de l’Estrapade/ tout près de moi/toi, Aimé/ dont le prénom était prémonition/…et moi je Suis! »

Ce poème d’amour fort original aurait tout à fait sa place dans la partie Poètes d’ Ailleurs de mon Anthologie des poèmes d’amour des Afriques et d’ Ailleurs.

    Thierry Sinda

 

Place de l’ Estrapade

Je suis, place de l'Estrapade

non loin du lycée Louis-le-Grand

pour lequel tu quittas ton île natale

sans même la regarder disparaître

dans le sillage du bateau

 

Je suis, place de l'Estrapade

au cœur  du Quartier-Latin où,

Léopold, le Sénégalais te conta l'Afrique

Léon-Gontran, le Guyanais t'initia au jazz

et à la culture de la diaspora afro-américaine,

 

Je suis, place de l'Estrapade

non loin de l'Ecole Normale Supérieure

où tu fus brillamment admis

là, tu puisas au plus intime de ton imaginaire

la quintessence de ta littérature humaniste

 

Je suis, place de l'Estrapade

non loin de la Sorbonne

où tu présidas le premier Congrès des écrivains et artistes Noirs

dans le grand amphithéâtre Descartes

celui de la Déclaration universelle des droits de l'homme

 

Je suis, place de l'Estrapade

non loin du Panthéon

où une plaque funéraire

gravée à ton nom

fut dévoilée

 

Charmée par l'homme

d'une intelligence rare

investie dans l'acte créateur,

arme miraculeuse

contre toute aliénation culturelle.

 

 

Reconnaissante surtout envers le poète

engagé pour la cause noire et celle de l'humanité

car, dépassant le concept de «négritude»

tu poses la question absolue de l'altérité

et de la reconnaissance de soi par autrui.

 

 

Avec ta seule poésie

pour changer le monde

tu as guidé mes pas

sur la voie de la création

sur laquelle je chemine

 

 

Tu es, place de l'Estrapade

tout près de moi

toi, Aimé

dont le prénom était prémonition

… et moi je te Suis!