Daniel Biyaoula, écrivain congolais de la cinquième génération  n’est plus ou un coup de rétroviseur dans la littérature congolaise contemporaine

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Daniel Biyaoula grand défenseur des particularismes régionaux et nationaux s' inscrivait en faux contre le concept du Tout-Monde.

 

Interview de Thierry Sinda par Irène Dembe pour la radio panafricaine Africa N° 1, diffusée le lundi de Pentecôte 9 juin 2014 et le samedi 14 juin 2014 respectivement dans Afropolis (émission de Dominique Douma)  et dans Transafricaine (la grande émission culturelle d’Africa n°1 dirigée par Irène Dembe).

Dans l’interview, Thierry Sinda informe de la disparition de l’écrivain congolais Daniel Biyaoula, lequel  a rejoint le monde des ancêtres le 25 mai 2014, date correspondant aussi étrangement à la Journée internationale de l’Afrique, ce qui n’est pas anodin  pour ce grand défenseur des particularités nationales et régionales qui s’inscrit en faux contre le concept de la littérature du Tout-monde.  Même s’il n’a pas d’essai sur la question, sa position transparaît sans ambigüité dans la préface qu’il rédige pour le recueil Ténor-Mémoires (Présenceafricaine, 2002) du  poète congolais Léopold Congo-Mbemba, lequel est lui-même aussi décédé, une année auparavant, à savoir le 16 février 2013 à Paris. A l’époque de leur début, Daniel Biyaoula, Alain Mabanckou et Léopold Congo Mbemba formait sur le pavé parisien un trio élégant de jeunes écrivains congolais émergents ; par la suite comme le montrera l’histoire  littéraire, ils ont choisi des positions divergentes sur la conception de la littérature africaine.

 

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Daniel Biyaoula, premier écrivain de sa génération honoré par le Grand prix littéraire de l' Afrique Noire en 1997

 

Daniel Biyaoula, fut, avec  son roman l’Impasse, le premier écrivain congolais de la 5e génération à recevoir le Grand prix littéraire de l’Afrique noire en 1997(Mabanckou l’aura deux ans plus tard,  en 1999, avec son roman Bleu, Blanc, Rouge publié aux  éditions Présence africaine en 1998). Le dit prix est  une refonte des Grands prix de l’AEF et de l’AOF suite à la décolonisation. Le premier écrivain aéfien noir à remporter le grand Prix Littéraire de l’AEF à l’époque coloniale, fut, en 1956, l’historien-poète Martial Sinda pour Premier chant du départ (Seghers1955) devant son compatriote le poète Tchicaya U Tam’si (lequel l’aura l’année suivante, en 1957, avec son second recueil Feu de brousse aux éditions Caractère). Ces deux pionniers de la littérature congolaise forment avec Jean Malonga un trio qui représente l’ossature de la littérature congolaise d’aujourd’hui, laquelle comporte 7 générations : celle du trio de l’ époque coloniale  (Malonga-Sinda-Tchicaya) ; celle des années 60 (Patrice Lhoni, Tati-Loutard , Placide N’Zala-Backa, Ferdinand Mouangassa, Battambica Maurice…) ; celle des années 70 (très riche : Guy Menga, Sylvain Mbemba,  Makouta Mboukou, Sony Labou Tansi, Létembet-Ambily, Maxime Ndébéka, Téophile Obenga, Henri Lopes, Emmanuel Dongala, Ngoy Dominique, Ngoma Eugène…) ; celle des années 80 ; celle des années 90 ; celle des années 2000 ; et celle en cours.

Thierry Sinda  nous montre que les Grands prix littéraires de l’AEF, de L’ AOF (à l’époque coloniale) et de l’Afrique noire (créé en 1961) ont bien rempli leur mission en mettant un puissant éclairage sur l’émergence d’une littérature africaine en langue française des origines aux années 70. Dans ces toutes nouvelles années de nationalisme africain postcolonial, le relais  était solidement effectué par des manuels scolaires et parascolaires outils indispensables pour transformer ses premiers auteurs en références scolaires, et le mot a été lâché à l’époque  en « classique africain ». Néanmoins, après les années 70,  la multiplication des auteurs , l’ échec des pays africains francophones sur le plan économique, social, culturel et éducatif n’a guère permis la mise en place d’ un large  lectorat sur le continent africain. C’est ainsi qu’aujourd’hui le Grand prix littéraire de l’Afrique noire n’a  d’incidence pour le lauréat   ni sur la diffusion de son  ouvrage en Afrique ni sur le fait de le faire connaître ou reconnaître.

Daniel Biyaoula est né le 11 septembre 1953 à Brazzaville, il était l’auteur de trois romans : l’impasse (Présence africaine, 1996), Agonies (Présence africaine, 1998), La source de joie (Présence africaine, 2003). D’autres œuvres posthumes pourraient voir le jour. Que la terre lui soit légère.

 

Lien interview de Thierry Sinda :http://www.palabresculturellesinternationales.com/sons/itw_biyaoula.mp3

Lien éditions Présence africaine : http://www.presenceafricaine.com/18_daniel-biyaoula