"Poèmes d' amour des Afriques...et d' Ailleurs"

 Par Jean-Pierre Bat in LIBERATION-AFRICA 4 Blog, regards croisés sur l' Afrique

 

L'été est l'occasion de lire (notamment les textes classiques que l'on n'avoue pas n'avoir jamais lu). Questions à Thierry Sinda, poète africain et enseignant-chercheur en littérature. il a publié une Anthologie des poèmes d'amour des Afriques et d'ailleurs (Orphie, 2013). Retour avec lui sur la redéfinition de la négritude chère à Senghor.

 

COUVE P

 A quelle idée répond votre anthologie littéraire ? 

L’Anthologie des poèmes d’amour des Afriques et d’ Ailleurs n’est pas une anthologie ordinaire, c’est l’anthologie-phare du festival du Printemps des Poètes des Afriques et d’ Ailleurs qui se tient à Paris chaque année au mois de mars depuis 2004. C’est ainsi que mon choix  ne s’est pas porté sur l’ensemble de la poésie négro-africaine francophone contemporaine, mais sur celui plus restreint des poètes contemporains des Afriques et d’ Ailleurs qui se sont produits au cours de ces neuf dernières années dans notre festival parisien, tout en y incluant les poètes classiques vivants ou morts  auxquels le festival a rendu hommage. Comme  pour toute anthologie j’ai eu à faire des choix draconiens voire douloureux, et je pense avoir retenu le meilleur du Printemps des Poètes des Afriques et d’ Ailleurs sur le thème de l’amour. Dans l’optique de rendre l’ouvrage plus vivant et dynamique, j’ai tenu à introduire de nombreuses  photos illustrant le festival et faisant découvrir les nouveaux visages de la poésie contemporaine. On y trouve aussi des photos de poètes classiques de la négritude ainsi que des archives inédites ayant trait à l’époque coloniale. L’anthologie a par conséquent aussi une optique critique et historique. Les réflexions et analyses ont pour soubassement les recherches ma thèse de doctorat en lettres et sciences humaines.

 

Photo Maran 5

 

8e Printemps des Poètes des Afriques et d' Ailleurs en mars 2011

 

Quelle est la ligne éditoriale du Printemps des Poètes des Afriques et d’ Ailleurs ?

Le Printemps des Poètes des Afriques et d’ Ailleurs, qui fait la part belle aux poètes contemporains de l’Afrique, de la Caraïbe et de l’Océan indien, -  tout en créant de solides passerelles avec tous les poètes épris de justice et de liberté, -  est la défense et l’illustration de la néo-négritude. En 2003, lors de la parution de mon drame poétique Voyage en Afrique à la recherche de mon moi enivré (Atlantica-Séguier), je l’ai défini comme étant dans la lignée des œuvres des  poètes de la négritude du XXe siècle. En fait, disais-je : c’était une nouvelle négritude du XXIe siècle, une néo-négritude ! Le mot était lancé, et il ne représentait à cette date  qu’un poète à savoir moi-même. C’est sous cette étiquette que j’ai pris part à maintes dédicaces de mon drame poétique. En 2004, lorsque je décide avec des amis de donner une coloration des Afriques au Printemps des Poètes national, - créé par Jacques Lang, -  nous avons  recherché et trouvé des poètes de l’Afrique de la Caraïbe et de l’Océan indien vivant en région parisienne. Puis j’ai demandé le parrainage à M. Jacques Rabémananjara, poète malgache de la négritude des années 40. Lors de la première édition j’ai été surpris de rencontrer des frères et sœurs de  plume. Dès lors j’ai compris que je n’étais pas le seul poète néo-négritudien. C’est ainsi que lors de la seconde édition, j’ai alors initié le mouvement de la néo-négritude au grand jour  en plaçant le festival du Printemps des Poètes des Afriques et d’ Ailleurs sous le thème : « passeurs de mémoire : négritude et néo-négritude ». Cela fit l’effet d’un coup de canon pacifique dans le ciel morose de la poésie africaine francophone !

 

Photo Thierry Sinda

 

Thierry Sinda

 

Dans vos travaux de recherches vous avez redéfini la négritude. Pouvez-vous nous présenter vos conclusions ?

Effectivement, je crois fortement au progrès dans les sciences humaines ; c’est la raison pour laquelle j’ai longuement préparé et soutenu en 2000  une thèse de doctorat sur les poètes révoltés de la négritude sous la direction du professeur Bernard Mouralis. On ne peut plus au XXIe siècle réduire le mouvement  poétique de la négritude au trio: Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas. On doit plutôt se référer à un triumvirat et définir deux générations de poètes de la négritude : celle des années 40 et celle des années 50 ; et un précurseur de la négritude René Maran avec son roman Batouala, véritable roman nègre (Albin Michel 1921 ;  Prix Goncourt 1921). Les poètes de la négritude de la  génération des années 40 se retrouvent réunis au nombre de seize dans l’anthologie-manifeste de la négritude conçue par Senghor à savoir Anthologie de la novelle poésie nègre et malgache de langue française (préfacée par Jean-Paul Sartre et Charles-André Julien, PUF, 1948). Parmi ces poètes dont j’ai revisité tant l’œuvre que la biographie dans mon Anthologie il ya : Senghor, Césaire, Damas, Rabémananjara, Flavien Ranaivo et Joseph Zobel.  La génération des poètes de la négritude des années 50 se retrouve dans diverses anthologies dont l’Anthologie de la poésie africaine et malgache par Langston Hughes et Christiane Reynault (Seghers, 1962). Parmi les poètes de la négritude de la génération des années 50 dont je revisite tant l’œuvre que la biographie dans mon Anthologie il y a : Bernard  Dadié, Paulin Joachim, Annette Mbaye d’ Erneville (la première poétesse d’Afrique noire francophone) et mon père Martial Sinda (Premier poète de l’ Afrique Equatoriale Française en 1955 et premier noir a être honoré par le Grand prix littéraire de l’ AEF en 1956). Tous ces auteurs, écrivant à l’époque coloniale,  se sont livrés à une entreprise de revalorisation de l’Homme noir et de sa culture dévalorisée par la traite négrière et par la colonisation. La négritude historique s’arrête avec la fin de la colonisation africaine et malgache, car le but de ce puissant mouvement identitaire et anticolonialiste est atteint. Vous noterez que plusieurs de ces poètes ont joué un rôle politique de premier plan : Senghor (Président du Sénégal),  Rabémannanjara (Vice-Président de la République de Madagascar), Césaire (député-maire de Fort de France), Damas (Député de Guyane), Bernard Dadié (Ministre de la culture de Côte d’Ivoire), Paulin Joachim (important relai journalistique du Président  Houphouët Boigny), et Martial Sinda (co-fondateur de l’ UDDIA et conseiller de son oncle le Président du Congo l’abbé Fulbert Youlou). En réalité, la négritude est insécable du politique, contrairement à ce qui se disait dans les travaux de recherches du XXe siècle.

 

Comment définirez-vous la néo-négritude ?

La néo-négritude est fille de la négritude. La définition synthétique que je donne à la négritude est : la revalorisation culturelle du monde noir dans les lettres françaises à l’époque coloniale. Cette littérature comme je l’ai rappelé précédemment était une littérature de combat qui avait pour objectif de libérer l’Homme noir du joug colonial. Nous ne sommes plus à l’époque coloniale, c’est ainsi que j’ai forgé  -  dans les circonstances que je vous ai exposées ci-avant, - la néo-négritude, laquelle est la revalorisation culturelle du monde noir dans les lettres françaises à une époque post ou néo-coloniale. La néo-négritude se constitue en mouvement dès mars 2004  avec la création du Printemps des Poètes des Afriques et d’ Ailleurs. La néo-négritude a pour fonction : faire un travail de mémoire vis-à-vis des grands hommes et événements du monde noir, reconstituer le puzzle du mouvement littéraire de la négritude, écrire des textes qui mettent en avant notre originalité culturelle et identitaire sur les bords de la Seine,  créer des passerelles fraternelles  avec toutes les littératures du monde et  lutter contre toute forme de racisme. La néo-négritude est un dialogue multiple, en français,  sur les bords de la Seine tout d’abord  entre les Noirs caribéens, africains et de l’Océan indien, puis entre ces Africains et para-Africains retrouvés et les Africains du Maghreb, et enfin entre Les Afriques retrouvées et le reste des lettres francophones. C’est ainsi que la néo-négritude est un humanisme, comme le suggère subtilement dans sa préface à l’Anthologie le Président Abdou Diouf, hier patron de  Francophonie et aujourd’hui jeune retraité : «  […] la poésie est un lien entre les peuples mais également entre les générations […] cette anthologie montre que, si la langue française fut celle de la diplomatie, elle est également celle de l’amour » ce mot « amour » est à prendre dans son acception la plus large par celui qui dans la même préface  affirmait bellement : «  je ne suis pas poète, mais j’ai passé une partie de ma vie dans la proximité bienfaisante de la poésie, si tant est qu’on puisse confondre ce genre majeur de création avec la personne de Léopold Sédar Senghor »

                                                                                                                  FIN

 

Blog Libération Africa 4 Blog par Le professeur Vincent Hiribarren et M. Jean-Pierre Bat, responsable du fond Foccart aux archives nationales

 

http://libeafrica4.blogs.liberation.fr/2015/08/13/poemes-damour-des-afriques-et-dailleurs/    

 

 

 

ADDITIF...INEDIT...ADDITIF... EXCLUSIF...

Pouvez-vous nous citer des poètes de la néo-négritude ?

Ils sont réunis dans l’Anthologie des poèmes d’amour des Afriques et d’ Ailleurs qui est un manifeste de la néo-négritude. Parmi les poètes actifs et illustrant talentueusement  la néo-négritude je citerai : la Princesse-poétesse Houria  Saïdina Volamamy des Comores et de Madagascar qui a inventé le poème biographique et événementiel pour célébrer les grandes figures et les grands événements  du monde noir ; le poète Sénégalais Elimane Kane qui refuse dans ses poèmes  toute forme de soumission ; La poétesse martiniquaise Denise Chevalier qui est à la recherche du grand  rythme nègre des Afriques ; La poétesse haïtienne Ferdy Ajax qui a su créer des images singulières pour chanter l’être aimé noir ou métissé ; le poète bénino-camerounais Alain-Alfred Moutapam qui est un ambassadeur élégant de la néo-négritude ; Les poètes malgaches Fredy Jaofera, Francine Ranaivo (la nièce du poète de renom Flavien Ranaivo) et Antsiva qui ont su apporter leur aura malgache au débat de la néo-négritude ; La poétesse Guyanaise Marie-France Danaho qui chante à merveille la solitude des Afriques en exil  parisien ; les poètes martiniquais Daniel Illemay, Romuald Chery et Solal Valentin qui nous apportent les senteurs de leur île proche ou lointaine, triste ou gaie ; la poétesse Barbadienne Iverlene  Diallo dont les poèmes s’enracinent de plus en plus dans l’optique de la néo-négritude ; et les poètes du Maghreb : l’Algérien Habib Osmani, la Marocaine Fatima Chbibane-Bennaçar et les Tunisiennes Inès Oueslati et Monia Boulila, lesquels permettent le dialogue au sein de la grande famille  des Afriques. Dernièrement, au début du mois de juillet, à l’invitation de Monia Boulila,  j’ai eu le plaisir et l’ honneur de prendre part au 4e Festival du jasmin de Sfax en Tunisie organisé par l’Association citoyenne Majida Boulila  pour la modernité, et j’ ai constaté non seulement que j’ étais tout à fait à l’aise avec le contenu de mon Anthologie, mais encore j’ai compris tout le plein sens d’un poème fort en situation tel que celui de l’ autoportrait collectif  de la femme tunisienne signé par Inès Oueslati et intitulé tout simplement : Je suis la tunisienne.

 

Poèmes de la néo-négritude et de Tunisie

                        extraits de

l’Anthologie des Poèmes d’amour des Afriques et d’ Ailleurs par Thierry Sinda (Orphie, 2013)

 

 

 

                                  Thierry Sinda

                                 CONGO

 

Gribouillis estival

 

                           Paris, le 23 juin 2006  à  4 heures du mate

 

                                                  À ma muse Cannelle,

 

Ton fauteuil spacieux

Comme une feuille s’envole

De mon esprit

Jusqu’à l’extrême oubli

 

 

Ton coin de lit 

Japonais

Grandement me manque

Et me pèse lourdement

Comme nos doux conflits

Qui minent l’esprit

Jusqu’à une sombre

Jouissance

Créatrice de vie

 

 

Dans l’oubli de toi

Ô si douce et si cruelle

Muse cannelle

J’entends encore

Au loin, très loin

Ton impuissant sourire

Triomphant et triste

 

 

De bel être

En longue

Mutation

Pleine d’éclats de douleur

 

 

Ô si douce et si cruelle

Muse Cannelle

Aux cheveux bouffants

Si absorbants

 

 

            et

où                    jadis

            je                     rayonnais

Comme           des                  perles

           de                    diamants

Éclairées         par       la         lumière

            Claire              obscure           de

Ton                 cœur                en souffrance

 

 

Je bêle alors

En inhalant

Jusqu’à la petite mort

Ton parfum cannelle

 

 

         Si  toxique

                et

         Si  inoffensif

 

 

De par le filtre redoutable

De mes narines tiennes

Et à l’inverse

Ton flux jumeau

 

 

Comment se peut-il                Comment se peut-il

                                    Que

                               mon amande

                               ma muse Cannelle

                               des joyeuses îles Canaries

                                   Soit

                               Si douce-amère

                               Dans son bateau

                                   Qui

                                   Tangue

 

          SUR

                                                    MER

                           UNE                                       D’AMOUR

 

 

 

 

 

 

 

                                Houria Saïdina Volamamy

                                COMORES et MADAGASCAR

 

Romance exotique

 

Au nom de l’Amour,

Permets-moi de te refaire la cour.

Dégustons ces sambos appétissants

Egayant nos palais sensibles et exigeants.

Que notre bonheur dure

Malgré les moments obscurs

Qui sèment le doute.

Et t’incitent à changer de route.

Mais une passion profond 

Résiste à toutes les ondes 

Reçois ce bouquet de fleurs 

Ma colombe… de tout cœur.

Toi qui as toujours partagé mes secrets,

Ma douce et chère bien-Aimé 

Buvons avec volupté 

Ce Betsabetsa* qu’EROS pour nous a tiré.

 

* Betsabetsa : bière malgache traditionnelle

 

 

 

                               Romuald Chery

                                MARTINIQUE            

 

Je veux

 

Je veux être pour vous

La plante aux milles vertu 

Je veux aimer que vous

Rose aux cheveux crépus

 

 

Je veux être de vous

Ma chère jamais repu

Je veux caver sur vous

Ma muse aux lèvres charnues

 

 

Je veux, je veux surtout 

Votre cœur qu’importe le coût

 

 

 

 

                                  Énide Darius Gordien

                                      GUADELOUPE

 

Ton corsage

 

J’ai rencontré l’amour

Il  portait ton corps sage

Une passion naissante qui se déchaîne

Se heurte au bruit assourdissant des chaînes. 

Ce n’était qu’un mirage

Un impossible détour, par l’amour

 

 

Je ferme les yeux, le cœur

Ce fruit m’est défendu !

Plutôt pourrir, que de ne plus rien ressentir

Plutôt mourir, que de te voir souffrir 

Être de suite pendu

Avant que la  peur ne ronge  mon cœur.

 

 

Si lourd, si pauvre jour

Vie d’esclave, sans trêve  

Je  vis une étincelle

Magie éternelle,

De l’inatteignable rêve 

De toujours, d’amour, en seul jour

 

 

J’ai embrassé ton visage, caressé ton corps

Par la seule grâce de ton amour, je devins Homme

Le maître t’a vue, t’a voulue

T’a souillée, t’a vendue

Pourtant, je ne suis pas mort, mais c’est tout comme

Mon esprit égaré te cherche partout encore.

 

 

 

 

                                     Ferdy Ajax

                                         HAÏTI

 

Mon amour café

                                               Paris, le 24 juin 2006

 

Ô mon amour café, café noir !

Noir, à la brillance de mon miroir 

Café sucré et poudre amère

Poudre noire, couleur de terre

De ma terre aussi, couleur de mer

Et des paradis éphémères

J’aime mon café noir d’Afrique

Grillé aux épices exotiques

Ô mon café noir qui brûle mon cœur

Me plonge dans un bain de fraîcheur

Mon bon café chaud et limpide

Taché sur fond de toile humide

Tu fais couler ton essence d’or

Jusqu’à l’intérieur de mon corps

Ô toi mon bel amour café !

Digne histoire d’un conte de fées

Aux doigts sombres sur les tam-tams

Des sensations qui nous enflamment

Ô amour de café grillé !

Amour café j’ai tant aimé.

 

 

 

 

                                  Amadou Élimane Kane    

                                         SENEGAL

 

Rêve sous le palmier

                                         À Isabelle Chemin

 

Les amours s’envolent

Quand ne me parvient pas ton regard

Et je suis seul…

Je suis sage

Couché sur une vieille et robuste natte

Attendant dans la générosité

D’unir nos pensées

La nuit parmi les balafons

   Et les koras

Tout s’en va s’envolant…

Tout s’en va avec les mélodies…

Tout s’en va avec le temps...

Je suis couché sur une très vieille et robuste natte

Toujours seul… et toujours sage.

Au loin…

Par les chemins spirituels

Je caresse tes pensées

Entre lumière et verbe

Ton regard vient à ma rencontre

Aujourd’hui nous sommes deux

Couchés sur une très vieille et robuste natte

Toujours sages

Et nous dansons vers l’éternité

 

 

Nous sommes seuls

C’est en vain que l’odeur

De la bourse de Paris

De New-York

De Tokyo

De Londres

De…

Essaie de se glisser

Entre nos poumons lustrés

Nous sommes si bien tous les deux

Nous sommes si bien féconds

Nous continuons à danser seuls 

Dans la sérénité sacrée

À l’abri des opérations cacophoniques

De vos émois, miroir brisé

Au milieu de pâles princesses avachies

 

 

 

Et nous continuons à être épargnés

À danser seuls

Sous le palmier de paix

Sous le palmier de l’amour

Sous le palmier de joie 

Sous le palmier de liberté 

Nous sommes si bien

Tous les deux

Nous sommes si bien seuls

Sous le palmier d’éternité

Nous dansons seuls

Et le tam-tam

Le tam-tam de lumièr 

Éveille l’œil de l’univers

Dans nos poitrines souveraines

 

 

 

                

                                    Marie-France Danaho

                                              GUYANE

 

À Paris

 

Je suis à Paris, dans un coin  désert

Morne où règne la tristesse.

Sans amour pleine d’espérance  

Je pleure mon cœur comme ces vagues

Qui gémissent en moi 

Je baigne dans la solitude

Oh, oui ! Jadis n’est plu 

Au temps où j’étais amour

Je suis à Paris, dans un coin de la ville

Sans un sou et je crois encore au bonheur

Qui passe, dans le vent de l’amour.

Je suis cette Guyanaise qui recherche les siens…

À Paris l’amour m’a quitté

Mais loin, loin de la terre qui m’a bercée

Je suis encore amoureuse. 

Oh, oui ! jadis n’est plus

Au temps où tout semblait rose.

Je suis à Paris, dans un coin de vie

Je n’existe que pour un cœur,

Le mien.

Je pleure, et pleure ma solitude

Mais, je souris au bonheur

Sans amour, dans l’amour,

Loin du bien, loin du mal

Il n’y a qu’un seul bleu, celui du chemin

Et c’est dans cette couleur de toujours

Que je me noie, afin de m’enraciner.

À Paris, ailleurs aussi,

Je pleurerais encore cette solitude.

À Paris, bel amour, mauvais cœur,

Oh, oui ! jadis n’est plus !

Au temps de l’insouciance

Je riais à plein amour,

Mais aujourd’hui la solitude a pris la place.

Et je pleure encore, encore

Dans les bras de Paris…

 

 

 

                                      Inès Oueslati

                                         TUNISIE        

 

Je suis la Tunisienne

 

Je suis la Tunisienne…

Ma voix est toujours mienne 

M’avoir se mérite.

Dans mon regard, le soleil brille et s’agite.

Je suis la Tunisienne…

Que d’âmes j’ai faites miennes !

Voile de lin, anneaux d’or  aux chevilles,

Un grain de beauté se reflète, dans mes pupilles.

Je suis la Tunisienne à la tête dure.

Douce comme le soleil, froide comme une armure 

Je suis la Tunisienne…

Reine et fille de reine.

Je fais ton avenir et de moi fais naître

La couleur de tes nuits  et l’essence de ton être…

Je suis la voix qui a bercé ton enfance.

Je suis celle pour qui tu écris en transe.

Je suis ton amour de jeunesse.

Je suis ta touche de sagesse.

Je suis ta lignée,

Ta génitrice, ta dulcinée…

Ma chair t’habille et nourrit ta paresse.

Je suis Tunisienne

Et une Tunisienne a la grandeur des déesses.