60 ans de poésie congolaise : mais où est donc le prof Massem !?

 

Rentrée : deux ou trois choses que j’attends du prof Omer Massem !  

 

Mais , tout comme moi, le professeur Omer Massem est probablement en belle villégiature estivale , peut-être dans le Congo profond, sans électricité, et par voie de conséquence sans le moindre accès à un point internet...

 

 

Agnes et Thierry Sinda

 

I) Historique du débat Omer Massem et Thierry Sinda

 

 

A) Les sources irréfutables de Thierry Sinda amènent le professeur Massem à se dédire

 

J’ ai posté, au cours de cet été, sur le net, - et pour le plus grand bonheur de nombreux internautes curieux qui m’en savent infiniment gré, -  les sources d’ articles d’ époque témoignant du fait que le Premier chant du départ de Martial Sinda aux éditions Seghers est de 1955, et non 1956 comme l’ affirmait le prof Massem en exhibant la couverture de la réédition du Premier chant du départ qui a connu un succès foudroyant, et a été réédité l’année suivante, c’est à dire en 1956 par le même éditeur. 

 

J’ ai bien voulu admettre   que le professeur Massem alias Massoumou avait pu  être induit en erreur par ce fait coruscant et fort rarissime dans le monde de l’édition : une réédition un an après la première édition ! Il a d’ailleurs promptement reconnu son erreur de la manière suivante:"J’ai noté avec satisfaction qu’il y a donc une édition de juin 1955 du Premier chant du départ. Et j’ai refait le point sur la polémique.

 http://neonegritude33.afrikblog.com/archives/2018/07/28/36593559.html

 

B) Le non(encore)-rectificatif du prof Omer Massem !

 

L’ erreur est humaine et le progrès scientifiquene se fait  guère de manière rectiligne. Nous en conviendrons, évidemment, tous.

 

Néanmoins, la science fût-elle science littéraire et humaine, n’est point un jeu, et encore moins un jeu de hasard, et par conséquent par conscience scientifique, c’ est à dire pour le respect des chercheurs, des étudiants, des lecteurs, des honnêtes gens et de soi-même, dans de telles circonstances malencontreuses - comme celles où s’ est empêtré le Prof Massem - un rectificatif s’impose assurément. C’est d’ailleurs l’humaine bienséant ; tout le monde conviendra que l’on ne peut guère entrer dans un lieu propre, le salir et le quitter en un état  cochonné, tout en sifflotant, alors que le lieu sera immédiatement utilisé par une autre personne…

Avant d’écrire ces quelques lignes, je suis, bien évidemment, retourné pour faire un constat : sur le blog Les errances de Coumba et sur le site de Les dépêches de Brazzaville, et sauf erreur de ma part, pensez-vous que nenni, rien de rien, aucun rectificatif !

Mais , tout comme moi, le professeur Massem de l’ Université Marien Ngouabi, est fort probablement en belle villégiature estivale, peut-être dans un village du Congo profond, sans électricité et par voie de conséquence sans le moindre accès à  internet.

 https://leserrancesdecoumba.com/2017/11/23/montre-leur-donc/

 http://www.adiac-congo.com/content/60-ans-de-poesie-congolaise-entre-enracinement-et-ouverture-au-monde-29620

 

II) Demande de sources au professeur Omer Massem

 

 A) Le Professeur Omer Massem affirme : le poète Martial Sinda a été lauréat de plusieurs prix littéraires avant 1956 !?

 

Il faudrait que le Professeur Massem de l’ Université Marien Ngouabi ( Congo-Brazzaville) puissent nous dire  quels sont les nombreux  Prix littéraires dont le poète Martial Sinda aurait été récipiendaire avant le Grand Prix littéraire de l’ Afrique Équatoriale Française qu’ il remporte en 1956 face au poète Tchicaya U Tam’si . 

 

Le Grand Prix littéraire de L’ AEF a été créé en 1951 par l’ Association nationale des écrivains de la mer et de l’Outre-mer (ANEMOM). 

 

Avant Martial Sinda, le Grand Prix littéraire de l’ AEF a couronné trois écrivains Blancs coloniaux : Étienne Tardif ( en 1951 pour Dansons la marin’ga) ; Henri Ziéglé (en 1952 pour  L’Afrique Équatoriale française) ; et Françoise Rougeoreille ( en 1953 pour Le Likou N’doi ) ; en 1954 et 1955 le Grand Prix littéraire de L’ AEF n’est pas attribué ; en 1956,  il est attribué pour la première fois à un auteur aéfien Noir : Martial Sinda pour le Premier chant du départ ; en 1957, il est attribué conjointement à Tchicaya U’Tam’si et Pierre Pellerin (respectivement pour : Feu de brousse et La Possession de l’Équateur); en 1958, le récipiendaire est le français R.P. Carret alias Kindengve N’ Djok pour Kel’Lam, fils d’ Afrique. En 1959 et en 1960 le grand Prix littéraire de l’ AEF n’est pas décerné.  

 

Au tout début des indépendances , en 1961, le Grand Prix littéraire de l’Afrique Équatoriale Française (1951-1960) et le Grand Prix littéraire de l’Afrique Occidentale Française (1950 -1960)  fusionnent et donnent naissance au Grand Prix littéraire de l’Afrique noire, lequel sera remporté pour la première fois par Aké Loba pour Kocumbo, l’ étudiant noir. Ce prix est aujourd’hui encore décerné. 

Si l’ on consulte les nombreux ouvrages de fond étudiant la littérature négro-africaine, en y introduisant un volet historique (grand ou petit), on constate que ce fait important relatif aux Prix littéraires aux colonies n’est, par pure ignorance,  pas traité comme il se devrait par les chercheurs davantage absorbés par des études de thème et / ou de style et / ou de linguistique et /ou de poétique. Ce qui en soi est tout à fait louable lorsque l’étude est originale.

 

 

 

III) Place maintenant à la bibliophilie et à la poésie relative au Premier chant du départ de Martial Sinda

 

A) les couvertures du Premier chant du départ de 1955 et 1956

 

Couve Premier chant du départ de Martial 1955 et 1956

Premier chant du départ de Martial Sinda la première édition en date de 15 juin 1955 et la deuxième édition en date du 30 octobre 1956 avec le Bandeau du Grand Prix littéraire de l' AEF

 

 B) Le poème " Montre leur donc" extrait du Premier chant du départ  dont quelques vers sont repris dans le magazine  Awa, revue de la femme noire de  novembre 1965  

 

Revue Awa 1

 Le magazine Awa fondé, en 1964, à Dakar par la Sénégalaise Annette Mbaye d' Erneville est le premier féminin dédié à la femme noire francophone. Annette Mbaye d' Erneville est également la première poétesse de l' Afrique noire francophone voire la première écrivaine de l' Afrique subsaharienne francophone.

 http://www.rfi.fr/emission/20140831-mbaye-erneville-poetesse-negritude

 

 

Poème montre-leur donc de Martial Sinda

 

 Le fameux poème "Montre-leur donc" de Martial Sinda, dont quelques vers sont mis en exergue dans le Magazine Awa sur une photo de femmes noires, afin de redorer le blason de la femme noire dévalorisée par l'esclave, la traite négrière, et le racisme des années 1960; période où, aux Etats-Unis d' Amérique, va naître le slongan et mouvement : "Black is beautifull", lequel sera porté à son apothéose par James Brown avec sa fameuse chanson "I'm Black and i'm pride" ("Je suis noir et je suis fier") (1968) https://www.youtube.com/watch?v=2VRSAVDlpDI

 

Qu’il y a-t-il  de plus beau dans la vie d’ un poème que de servir à éclairer tout un peuple, voire toute une « race » dévalorisée!!!

 Le théorisien hors pair de la Négritude Léopold Sédar Senghor nous avait bien prévenus dans son poème Liminaire qui ouvre son recueil Hosties noire et qu' il dédie à Léon-Gontran Damas : les poètes nègres ne sont pas faits pour chanter "les fleurs artificielles des nuits de Montparnasse" mais "Notre  noblesse nouvelle est non de dominer notre peuple, mais d' être son rythme et son coeur/[...] Non d' être la tête du peuple, mais bien sa bouche et sa trompette"

 

 

 C) La poésie de Martial Sinda réinvestit encore de nos jours des champs sociaux, politiques comme en témoigne: Le choc des décolonisations : de la guerre d' Algérieaux Printemps arabes

 

Je vous livre ici ma lecture agréable et instructive de cet été Le choc des décolonisations de la guerre d’ Algérie aux Printemps arabes de Pierre Vermeren (Odile Jacob, 2016). Un livre fort bien documenté et de haute intellectualité signé par M. Vermeren, professeur d’ histoire contemporaine à l’ Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne. 

Dans un chapitre éloquent intitulé : « Servitude volontaire ou silence contraint des intellectuels ? » et dans la sous-partie « Exil intérieur ou distance critique ? » voici ce que ce chercheur sérieux écrit sur Martial Sinda  « Au Congo-Brazzaville, Martial Sinda (1935), voix de la négritude en Afrique centrale, après des études en France, a publié le recueil Premier chant du départ (1955). Auteur d’ une thèse à la Sorbonne, « Le messianisme congolais et ses incidences politique depuis son apparition jusqu’ à l’ indépendance, 1921-1961 », il mène une carrière d’ enseignant au service de la promotion de l’ Afique et du Congo, une cause jugée supérieure aux violations politiques de son pays. En 1992, il est  élu sénateur…" (p.107)

 

 REPRODUCTION CI-DESSOUS

couve le choc des décolonisation

 

 

Le choc des indépendances de Pierre Vermeren 2

 

https://www.odilejacob.fr/catalogue/histoire-et-geopolitique/histoire-du-xxe-siecle/choc-des-decolonisations_9782738133441.php